Le dimanche octave de Pâques marquait la fin des instructions que les nouveaux baptisés recevaient tout au long de la semaine. Pour la dernière fois ils portaient leur aube blanche, avant de rejoindre par la suite l’ensemble des fidèles.
Les textes de ce dimanche sont bien adaptés à cette situation. S Jean a pris soin de bien dater deux apparitions du Christ, le premier jour de la semaine. Au sabbat succède le Jour du Seigneur (dies dominica), c’est ce jour-là que Jean, exilé dans l’île de Patmos, recevra la vision du Christ. Avons-nous vraiment ce sens du dimanche ?
Les apôtres verrouillés par crainte des Juifs ? Le message de Marie Madeleine n’aurait-il pas suffi ? Nous assistons alors à une scène d’investiture. Le souhait La paix soit avec vous a valeur performative. Le Ressuscité se fait reconnaître aux stigmates de sa passion.
C ’est alors l’envoi en mission, marqué par le Souffle du Christ. Jean emploie le verbe qui, dans la Genèse, désigne l’insufflation de l’argile incertaine, pour la création de l’homme ? Nouvelle création donc à l’œuvre par le pardon des péchés, sous l’action de l’Esprit Saint.
Le doute de Thomas aboutit à une seconde scène qui manifeste la miséricorde du Christ. Elle se conclut par la proclamation de Thomas Mon Seigneur et mon Dieu, suivie de la béatitude Heureux ceux qui croient sans avoir vu ; béatitude dont nous avons à témoigner tout au long de notre vie, sur la base des signes que Jean a réunis pour susciter notre foi.
En cette année A, nous lirons chaque dimanche du temps Pascal de larges extraits de la Ière épitre de Pierre, choix heureux puisque l’apôtre s’adresse à ceux qui viennent de renaître à une vivante espérance. Pierre se montre très discret sur le caractère de sa fonction. En finale il se présente comme témoin des souffrances du Christ et ayant part à la gloire qui va être révélée (5, 1).
Cette lettre m’est particulièrement chère, car j’ai eu la grâce d’être chargé, avec le Pasteur suisse Jean Claude Margot, de la traduire et de la commenter pour la TOB (traduction œcuménique), largement répandue.
Pierre envoie son message aux communautés chrétiennes dispersées en Asie Mineure. Cette longue liste est à comparer à celle des sept églises auxquelles Jean s’est adressé depuis son exil dans l’ile de Patmos. Un porteur, Silvain sans doute (5, 12), eut la charge de communiquer le texte en l’expliquant à ces petits groupes qui se sentaient isolés, menacés dans l’Empire romain au faîte de sa puissance. Quelle actualité !
Nous constatons ainsi la rapide progression de la foi chrétienne en Asie Mineure, se séparant de la Synagogue bénéficiant d’un statut spécifique dans l’Empire. A la différence de Jean de Patmos, Pierre évite la polémique, mais n’en insiste pas moins sur la spécificité du mystère pascal. L’Écriture s’accomplit dans le Christ. Retenons l’importance de ces communications entre églises. Aucune ne peut subsister, repliée sur elle-même. En termes actuels qu’aucune n’érige son point de vue sans tenir compte de l’ensemble. Pierre est figure d ‘unité œcuménique.
La bénédiction d’ouverture
Le message s’ouvre par une bénédiction à la manière juive, avec cette grande différence qu’au lieu de dire Dieu de nos pères (les patriarches), Pierre écrit Père de Notre Seigneur Jésus Christ. Cette relation est essentielle puisque Pierre écrira plus loin que notre foi et notre espérance reposent sur le Dieu qui a ressuscité Jésus d’entre les morts (2, 13).
Le mystère pascal, objet de notre espérance est bien l’objet de cette ouverture solennelle, adaptée aux nouveaux baptisés. Comment fortifier l’espérance menacée ? Notre espérance est au ciel en sécurité, gardée par Dieu qui n’abandonne pas les siens. L’épreuve a valeur purificatrice, comme le montre la comparaison de l’or passé au feu (Malachie 3, 1). L’originalité de notre texte vient de cet appel à l’expérience chrétienne. Lui, vous l’aimez sans le voir, en lui, sans le voir encore, vous mettez votre foi, vous exultez d’une joie inexprimable. Relevons la triade fondamentale, la foi, l’espérance, l’amour, source de cette joie inexprimable que Pierre nous invite à éprouver dans nos diverses situations de vie, y compris la persécution (Mt 5, 10-12)
E.Cothenet
