Article rédigé par le père Edouard Cothenet
Ce titre s’inspire du livre très émouvant de Paul Beschet, novice jésuite, l’un des rescapés du groupe. (1ère éd. 1947 ; 2de revue 1989). Il est à compléter par les souvenirs de François Morin, rescapé lui aussi, dont la fille Mme Dominique Minot a recueilli les souvenirs. La synthèse est l’œuvre de Mgr Ch. Molette En haine de l’Evangile (Fayard 1993), qui étudie les divers centres de résistance chrétienne en Allemagne nazie, à Berlin, dans la Ruhr et en Thuringe. Surtout il apporte la preuve historique de la persécution antichrétienne (décret de Kaltenbrunner du 3 décembre 1943). C’est la base juridique qui permet de qualifier de martyrs les victimes du nazisme.
Peut-on pour autant parler de Mission en Thuringe ? En ce qui concerne la Mission de France et la Mission de Paris, ce sont des initiatives directes du Cardinal Suhard avec un statut et des moyens. Rien de tel en notre cas. Certes le Cardinal était très soucieux du sort des jeunes requis en Allemagne. Il envoya clandestinement plusieurs prêtres pour une assistance spirituelle. C’est dans ce contexte que le Père Victor Dilard, s.j., se déguisa en ouvrier creusois pour la Ruhr. Dénoncé, il mourut à Dachau le 12 janvier 1945.
Le cas de la Thuringe est spécifique. Les premiers arrivés furent de jeunes ouvriers requis en 1943 avec la complicité de Vichy pour travailler dans les usines d’armement. Parmi eux Marcel Callo, jociste de Rennes, Fernand Morin de Flers (Orne), Roger Vallée, séminariste de Sées et son frère André, jociste. Pour sa part, Paul Beschet avec d’autres novices s.j. fit partie du convoi de 1200 étudiants du Sud-Est qui partirent de Lyon le 31 juillet 1943. Il fut affecté avec ses compagnons à Sonderhausen et rayonnera dans la partie Nord de la Thuringe.
La Mission de Thuringe naîtra d’initiatives individuelles, venant de jeunes bien différents les uns des autres, séminaristes, jocistes, scouts, tous désireux de rayonner leur foi au Christ Sauveur par la solidarité avec leurs compagnons.
Qu’en fut-il pour Jean Tinturier et ses deux amis François Donati et Louis Kuehn du Séminaire des Carmes à Paris ? Quelle décision prendre par rapport à la loi du STO ? Dans l’incertitude, Jean joua le rôle de « pionnier ». À l’aumônerie des Prisonniers fondée par le Père Jean Rodhain, il avait entendu les appels de jeunes dépourvus de tout secours. Les Supérieurs consultés étaient défavorables au départ. Sur les conseils du père de François, un stage de tourneur donnait du temps pour mûrir la décision. Nos trois amis rentraient le soir au séminaire avec quelques autres séminaristes et bénéficièrent de récollections le dimanche. Ultime veillée avant le départ et l’arrivée à Schmalkalden, en Thuringe le 23 septembre. Le désir de Jean était d’être avec les jeunes, de les aider.
Les premières lettres de Jean rassurent la famille en présentant la vie comme supportable. Le partage des colis facilita les relations avec les autres occupants de la chambrée. La visite de Jacques, son frère novice jésuite, travaillant dans la Saxe voisine, lui apporta un grand réconfort. Ensemble, on parla d’apostolat.
Que faire ? Le plus urgent était de s’insérer dans les messes tournantes en français avec chants et prédication. Comment assurer une formation à ces jeunes menacés par la propagande nazie ? Jean prit l’initiative de rencontrer Marcel Callo à Zélia. Le récit de ce dernier est très significatif :
« L’un de mes camarades est venu me voir hier et a passé la journée avec moi. Il avait beaucoup de courage, car plus d’un ne se serait pas dérangé par le temps qu’il faisait (il pleuvait à torrents). Nous avons bavardé tout l’après-midi, et nous nous sommes fait du bien mutuellement, car le moral n’était pas très élevé. »
La mission prenait ainsi forme. La récollection de Gotha en novembre affermit le réseau. L’activité de Jean était alors débordante, comme il l’écrivit à ses parents :
En sortant de l’usine, nous allons communier ; puis nous rentrons pour diner. Mais le lundi, il y a la petite visite que je m’impose toutes les semaines à l’hôpital, et cela peut durer longtemps, d’autant qu’il est à deux heures (de marche). Le mardi, répétition de chant très souvent. Le mercredi, préparation avec les militants du cercle d’étude du jeudi. Le vendredi, répétition du chant. Le samedi, est libre. Le dimanche, on dort.
L’animation de cercles d’étude pour les jeunes déjà engagés ne pouvait suffire. Bientôt Jean étendit son action en fondant une association des travailleurs pour la détente, le soutien mutuel, la visite des malades. Jean n’hésitant pas à prendre le train, le samedi ou le dimanche pour rencontrer des responsables. Par prudence il se faisait acheter son billet par un autre.
Au début de janvier, Jean dut prendre un peu de repos. C’est à ce moment-là qu’entra en scène l’abbé Jean Lecoq, un prêtre prisonnier de guerre. Comme d’autres, il choisit de renoncer à la protection militaire pour le statut d’ouvrier civil dans l’espoir d’apporter un secours à ses compatriotes. Mais la Gestapo veillait au grain et Jean Lecoq sera incarcéré lui aussi.
Durant l’hiver 1944, les menaces se précisent. Un bruit courut que les animateurs seraient renvoyés en France. C’est ainsi qu’à Vienne Louis de Goy refusa de partir, par solidarité avec ses compagnons. En Saxe, Jacques Tinturier bénéficia de la mesure, mais rien de tel en Thuringe.
Lucide, Jean T. prônait la prudence à Marcel Carrier qui voulait maintenir une rencontre. Il lui répondit en substance :
La prudence est pour nous un devoir, car nous n’avons pas le droit de risquer notre vie et celle des autres inutilement. Prudence ne veut pas dire lâcheté ou peur. Et, il va sans dire que, si nous sommes amenés à rendre témoignage, nous en serons fiers et nous le ferons sans hésiter.
Les arrestations (fin avril) : La Gestapo connaissait la liste des responsables. Jean fut ainsi soumis à un interrogatoire musclé de l’inspecteur, ancien séminariste, qui voulut faire boire à Jean de la bière dans un calice. Par contre Fr. Donati et Louis Kuehn furent laissés à leur usine.
À la prison de Gotha
Les détenus étaient envoyés au travail dans les fermes, avec cet avantage d’un peu de nourriture en rab. C’était aussi l’occasion d’entrer en contact avec les prisonniers de guerre et des jocistes du secteur qui, malgré l’arrestation des chefs, tenaient bon.
Jugé trop faible, Jean travaillait sur un petit tour dans sa cellule. Atteint de diphtérie, il fut envoyé à l’hôpital.
Un grand mois d’épreuve à l’hôpital
L’hôpital avait l’avantage d’offrir une vue sur le parc. Jean passait son temps à lire des ouvrages allemands, à méditer, à prier. Par deux fois, il reçut la visite de Louis Kuehn, qui nous en a conservé un précieux souvenir :
Nous avons pu parler assez longuement. Il était resté le même, gai, original, pas du tout conventionnel, avec la vigueur de son papa et l’humour spirituel de sa maman. Il n’était pas du genre d’un saint à mettre sous vitrine, avec une auréole !… Il m’a dit : Je ne regrette rien. Il ne pensait pas tellement aux décisions que nous avions prises, à tort ou à raison. Il n’était pas un homme à s’appesantir sur le passé. Il voulait dire, je crois, que l’étape de Schmalkalden le préparait de toute façon à son avenir, quel qu’il soit.

La croix des Immortelles
Faute de place dans la prison, le groupe est envoyé dans une salle jadis destinée au culte, die Kirche, l’église. On installe les paillasses le long du mur autour d’une grande table. Revenus du travail le soir, les détenus s’y retrouvaient pour la prière et le repas. Séminariste de Sées, Roger Vallée y voit « la chambre haute » où les apôtres attendaient en prière la venue de l’Esprit Saint.
Camille Millet, travaillant au dehors comme jardinier, confectionna une croix en fleurs d’immortelles par le tressage de ces fleurs en forme de croix. Comme par miracle, avant le départ, Fernand réussit à la confier à un prisonnier de guerre breton, qui la ramena en France. Précieuse relique conservée à Rennes. Chaque soir tous se retrouvaient pour la prière.
Tous à genoux, le chapelet à la main, nous récitions des prières scandées par des « neuvaines », des incantations adressées à Marie, la mère du Christ. Le jeudi prenait place une méditation sur l’Évangile.
Dernières semaines
Le temps semblait bien long. Plus de colis, plus de courrier. La dernière lettre de Jean à ses parents, datée du 17 juillet, arrivera, avec le timbre de la censure en août 1945 à la famille. C’est son testament spirituel dont nous parlerons le 16 mars prochain.
Le dimanche, l’abbé Lecoq lisait le texte de la messe d’après le missel du Père Godin, car il n’avait pas le droit de célébrer. Communion spirituelle donc, avec quelle intensité de désir ! Relevons ces réflexions de Camille Millet, jociste d’Ivry-sur-Seine :
« Pour moi, ne vous inquiétez pas : travailleur du Christ, il veille sur nous et saura nous donner les grâces nécessaires pour faire ce qu’il nous demande. » Et encore : « Après tout, s’il faut des martyrs à la JOC, nous pouvons bien faire çà. »
Vint enfin le jour fatal. Sans même la présence d’un avocat, Jean comme les autres dut signer l’acte de condamnation : Par son action catholique auprès de ses camarades français, pendant son temps de service de travail obligatoire, a été un danger pour l’état et le peuple allemand.
Texte capital pour montrer que c’est bien en témoins de la foi que le groupe des Douze prisonniers de Gotha a été envoyé à l’enfer des camps. C’est alors que commença pour eux la participation à l’agonie du Christ, avant l’élévation suprême représentée sur le Mémorial de Vierzon.

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