25 juillet 1593 Henri IV se convertit au catholicisme devant Renaud de Beaune Archevêque de Bourges

Conversion au catholicisme de Henri IV à Saint Denis devant Mgr de Beaune archevêque de Bourges

Henri IV, roi de Navarre devenu prétendant au trône de France après l’assassinat d’Henri III en 1589, se trouvait dans une situation particulièrement délicate. Protestant dans un royaume majoritairement catholique, il avait promis dès août 1589 de « se faire instruire » dans la religion catholique, reconnaissant ainsi que sa conversion était nécessaire pour accéder légitimement à la couronne.

Une situation politique périlleuse

À son accession au trône en 1589, Henri de Navarre, protestant, se heurte à une opposition farouche des catholiques, particulièrement de la Ligue dirigée par le duc de Mayenne.

Face à cette situation, Henri IV comprend progressivement que sa conversion au catholicisme devient inévitable pour pacifier le royaume. Sa déclaration au ministre protestant La Faye est révélatrice : « Si je suivais votre avis, il n’y aurait ni roi ni royaume dans peu de temps en France. Je désire donner la paix à tous mes sujets et le repos à mon âme. »

À la fin de 1592, trois années s’étaient écoulées depuis cette promesse initiale, et la situation d’Henri IV devenait critique. Malgré ses victoires militaires d’Arques et d’Ivry, les échecs subis devant Paris (1590) et Rouen (1592) avaient compromis ses perspectives de triomphe définitif par les armes.

Plusieurs événements venaient compliquer davantage sa position. D’abord, la mort du pape Sixte-Quint en août 1590, qui semblait s’assouplir envers les catholiques royaux, avait été suivie par l’élection de Grégoire XIV, beaucoup plus hostile à Henri IV. En juin 1591, ce nouveau pape avait fait afficher à Notre-Dame de Paris des bulles condamnant « ceux qui n’ont pas reçu la succession du royaume parce qu’ils ont abandonné la foi de leurs aïeux », menaçant d’excommunication les fidèles du roi protestant.

Parallèlement, l’Espagne de Philippe II intensifiait son ingérence dans les affaires françaises, soutenant les prétentions au trône de sa fille Claire-Isabelle-Eugénie, petite-fille d’Henri II par sa mère Elisabeth de Valois.

Plus menaçante encore était l’émergence d’un « tiers parti » composé de catholiques royaux lassés des promesses non tenues d’Henri IV et de ligueurs modérés refusant à la fois un roi hérétique et une domination espagnole. Ce groupe proposait de choisir un prince catholique de la maison de Bourbon, comme le cardinal Charles de Vendôme (devenu cardinal de Bourbon) ou le comte de Soissons. Les États généraux convoqués pour janvier 1593 semblaient favorables à cette solution.

Les motivations de la conversion

La célèbre boutade « Paris vaut bien une messe » attribuée à Henri IV semble apocryphe, peut-être inspirée d’une anecdote concernant le duc de Rosny (Sully) qui aurait dit au roi que « la couronne vaut bien une messe ». Néanmoins, les considérations politiques ont indéniablement pesé dans la décision du roi.

Son conseiller, le duc d’O, lui avait clairement exposé la gravité de la situation: « Sire, il ne faut plus tortignonner… vous avez dans huit jours un roi élu en France […] Avisez à choisir, ou de complaire à vos prophètes de Gascogne […] ou à vaincre la Ligue […] et être dans un mois roi absolu de toute la France, gagnant plus en une heure de messe que vous ne feriez en vingt batailles gagnées. »

Même Sully, pourtant protestant, lui conseillait l’accommodement religieux comme la voie la plus facile pour déjouer les complots de ses adversaires.

Cependant, réduire la conversion d’Henri IV à un simple calcul politique serait excessif. Plusieurs éléments suggèrent une évolution sincère de sa pensée religieuse:

  1. Sa promesse initiale de « se faire instruire » semble avoir été faite de bonne foi en 1589
  2. Son hésitation venait en partie de la crainte d’abandonner ses fidèles compagnons protestants
  3. L’influence de l’entourage religieux du roi, composé de prélats et pasteurs assez latitudinaires, l’avait progressivement amené à considérer que les différences entre les deux confessions n’étaient pas insurmontables
  4. Certains théologiens comme Morlaas et Rottan l’avaient convaincu qu’il était « possible de faire son salut dans l’une et l’autre confession »
  5. Sur certains points doctrinaux comme la présence réelle dans l’eucharistie, Henri IV avait déjà des positions proches du catholicisme

Le roi lui-même déclara lors de son abjuration « que ce qu’il faisait, il ne le faisait que pour l’assurance de sa conscience, sans laquelle il ne voudrait pas, pour quatre royaumes tels que le sien, se départir de la religion en laquelle il avait été nourri ».

La conversion d’Henri IV apparaît donc comme le résultat d’un mélange complexe de motivations. Si les considérations politiques ont joué un rôle indéniable dans le timing de sa décision, des évolutions sincères dans sa pensée religieuse semblent également avoir facilité ce choix. Plus qu’une simple ambition personnelle, c’est peut-être aussi le souci patriotique de mettre fin aux « misères et calamités » qui déchiraient le royaume de France qui a guidé le roi vers son « saut périlleux » vers le catholicisme.

Les influences personnelles

Si les raisons politiques sont évidentes, il faut également  mettre en lumière l’influence considérable de Gabrielle d’Estrées, favorite du roi. D’après d’Aubigné, Gabrielle, initialement favorable au protestantisme, aurait changé d’attitude en nourrissant l’espoir de devenir reine. Pour cela, il fallait que le roi se convertisse au catholicisme, seul moyen d’obtenir du pape l’annulation de son mariage avec Marguerite de Valois.

Les poètes de l’époque n’hésitent d’ailleurs pas à souligner cette influence : « Ni le plus haut savoir de la Sorbonne antique, Ni l’Espagnol bravache, ou le bruyant légat N’ont point tant de vertus à faire un renégat Comme les yeux friands d’une face angélique. »

Le processus de conversion

La préparation de la conversion se déroule sur plusieurs mois. Après la conférence de Suresnes en mai 1593, où l’archevêque de Bourges annonce la résolution du roi de se convertir, Henri IV convoque à Saint-Denis une vingtaine de prélats et docteurs catholiques.

Le 23 juillet, il reçoit quatre d’entre eux pour une instruction religieuse qui dure « cinq heures et plus sans interruption ». Le lendemain, une profession de foi est rédigée, que le roi signe après quelques discussions.

Le dimanche 25 juillet 1593, la cérémonie officielle de conversion se déroule à l’abbatiale de Saint-Denis. Henri IV, vêtu d’un pourpoint de satin blanc et d’un manteau noir, se présente à Renaud de Beaune , archevêque de Bourges qui lui demande son identité. À sa réponse « Je suis le roi », suit l’échange rituel : « Que demandez-vous ? – Je demande être reçu au giron de l’Église catholique, apostolique et romaine. – Le voulez-vous ? – Oui, je le veux et je le désire. »

Après avoir prononcé sa profession de foi, le roi reçoit l’absolution, assiste à la messe, communie, puis écoute la prédication de Monsigneur de Beaune   et assiste aux vêpres avant de se rendre à Montmartre. La journée se termine dans la liesse populaire, avec des cris de « Vive le roi ! » et des feux de joie.

Les réactions populaires

L’effet sur la population est immédiat et spectaculaire. Dans les jours qui suivent, une foule considérable afflue à Saint-Denis pour apercevoir le roi. Sully rapporte des scènes d’enthousiasme où hommes et femmes crient « Vive le roi » avec acclamations, certains versant des larmes de joie. Henri IV lui-même est ému par ces manifestations de loyauté qui confirment la sagesse de sa décision.

Une anecdote savoureuse rapportée par L’Estoile illustre l’impact de cette conversion sur l’opinion publique : voyant le roi jouer à la paume, une femme de Paris s’exclame : « Il est bien plus beau que le nôtre de Paris, il a le nez bien plus grand. »

Conclusion

La conversion d’Henri IV apparaît ainsi comme un acte politique majeur qui a permis la pacification du royaume, mais aussi comme le résultat d’influences personnelles, notamment celle de Gabrielle d’Estrées. Cette décision, longuement mûrie et préparée, a rencontré un écho favorable dans la population française lasse des guerres civiles.

Ce « saut périlleux », comme le qualifiait le roi lui-même, a ouvert la voie à la réconciliation nationale et à l’établissement d’une nouvelle dynastie, les Bourbons, qui allait régner sur la France jusqu’à la Révolution française.

 

 

Source

De Vaissière Pierre. La conversion d’Henri IV. In: Revue d’histoire de l’Église de France, tome 14, n°62, 1928. pp. 43-58;

Mgr de Beaune portrait de F.Quesnel

Qui est Renaud de Beaune ?

 

 

Origines et carrière ecclésiastique

Renaud de Beaune (également orthographié Renaud de Beaulne) naquit en 1527 à Tours dans une famille noble. Fils de Guillaume de Beaune, baron de Semblançay, et de Bonne Cottereau, il bénéficia d’une éducation soignée correspondant à son rang social.

Sa carrière ecclésiastique commença lorsqu’il fut nommé évêque de Mende  en 1568, fonction qu’il occupa jusqu’en 1581. Cette nomination marqua le début d’une ascension remarquable au sein de l’Église française.

Archevêque de Bourges

En 1581, Renaud de Beaune accéda à la prestigieuse position d’archevêque de Bourges, siège qu’il conserva jusqu’en 1602. Durant cette période, il se distingua par son érudition et ses talents d’administrateur. Son archiépiscopat à Bourges coïncida avec une période particulièrement troublée des guerres de religion en France.

Rôle politique pendant les guerres de religion

Renaud de Beaune s’illustra comme une figure politique majeure durant les guerres de religion. Fidèle à la couronne française, il se positionna comme un prélat modéré et joueur clé dans les négociations entre catholiques et protestants. à la conférence de Suresnes en 1593 il prit le parti du roi Henri IV contre la ligue et les partisans de l’Espagne qui ne voulaient pas reconnaître le roi Henri .

Sa contribution la plus significative fut son rôle dans la conversion d’Henri IV au catholicisme. En juillet 1593, il présida la cérémonie d’abjuration du protestantisme par Henri de Navarre à Saint-Denis, acte décisif qui facilita la reconnaissance du roi par une majorité de Français et contribua à mettre fin aux guerres civiles.

Archevêque de Sens et dernières années

Comme récompense pour ses loyaux services, Renaud de Beaune fut nommé archevêque de Sens en 1602 et Grand Aumônier de France, positions qu’il conserva jusqu’à sa mort. Il fut également chancelier de l’Ordre du Saint-Esprit.

Il s’éteignit le 27 septembre 1606 à Paris, laissant l’héritage d’un prélat diplomate qui contribua significativement à la pacification religieuse de la France après des décennies de troubles.

Héritage intellectuel

Outre ses fonctions ecclésiastiques et politiques, Renaud de Beaune était reconnu pour son érudition et ses talents d’orateur. Il composa plusieurs ouvrages théologiques et prononça des sermons remarqués, notamment l’oraison funèbre de Catherine de Médicis.

Sa mémoire reste associée à son pragmatisme politique et à sa contribution à la réconciliation nationale sous le règne d’Henri IV, incarnant la transition entre les troubles religieux du XVIe siècle et l’établissement d’une relative tolérance religieuse en France.

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