Homélie du 2ème dimanche de carême – Père Cothenet

Homélie du 16 mars

Lors de la Transfiguration de Jésus, Moïse et Élie parlaient de l’exode du Christ qui allait s’accomplir à Jérusalem. A quoi répond en finale la voix du Père : Écoutez -le

Exode, un terme qui évoque la sortie du bagne d’Égypte, les longues étapes dans le désert enfin l’entrée en Terre promise.

Louis, Jean, Augustin reçurent dans leur famille, leur paroisse ; le mouvement scout, une solide formation, terreau dans lequel germera leur vocation sacerdotale

On ne fait rien dans sa vie qu’en se consumant. Cette phrase que Jean aimait répéter à ses amis nous offre une clé pour comprendre sa vie
      Un départ  immédiat; le jour même de son bac Philo ,  Jean  annonce à ses parents qu’il va entrer au séminaire d’Issy les Moulineaux, Ce sera aussi  le  cas de Louis de Goy Ils y recevront une solide formation  spirituelle  et un appel à la mission par le Cardinal Suhard  Le soir de sa prise de soutane (21 décembre 1940),Jean fut invité à parler du Saint Esprit renouvelant la face de la terre et  devant toujours crier dans les âmes sacerdotales.

Trop jeune pour être ordonné, Jean décida de poursuivre ses études théologiques au Séminaire de l’Institut Catholique où je le rencontrai, lui en théologie, moi en philo. (Octobre 1942)

Une étape décisive 

           Fallait-il obéir à la loi sur le Service du Travail obligatoire ? Partir au maquis ? Partir par solidarité avec les jeunes privés en Allemagne de tout secours spirituel ?  Louis choisit de rejoindre les Chantiers de jeunesse et y restera jusqu’à sa mort à Vienne en Autriche, le 2 mars 1945. A l’Aumônerie des prisonniers fondée par le Père Jean Rodhain, Jean entendit l’appel de jeunes militants demandant la venue de prêtres pour résister à la propagande nazie. Il mûrit sa réponse avec ses deux amis François Donati et Louis Kuehn,lors d’un stage de tourneurs et la prière le soir au Séminaire. Un exode donc bien réfléchi

Un apostolat de présence.

          Travailleurs volontaires, les trois arrivèrent le 23 septembre 1943, à Schmalkalden , petite ville de Thuringe,  en vue de partager la vie de leurs compagnons à l’usine et en chambrée. Leur soutien, c’était la communion le soir en rentrant de l’usine.                                                                  

Vers un apostolat en réseau

La rencontre avec Marcel Callo, jociste de Rennes– béatifié en 1987, permit d’établir des liens pour la formation des militants. A l’attention du plus grand nombre Jean se dépensa sans compter dans l’Amicale des Travailleurs français.  Avec l’aide de l’abbé Jean Lecoq, prisonnier de guerre passé à l’état civil dans l’espoir d’ exercer un ministère  auprès de ses compatriotes.

Nouvelle étape    apostolat solitaire     La Gestapo exerçait une surveillance accrue, aboutissant à l’arrestation des responsables, dont Jean et Marcel Callo. Interrogation musclée, anti-chrétienne. Jean fut envoyé à la prison de Gotha et bien vite à l’hôpital pour un grand mois d’isolement coupé par la visite de son ami Louis Kuehn.                                                                                                                                                                                                                                                       

Dans une lettre il écrivait alors :  On croit quelque fois que tout est perdu et pourtant on ne va jamais aussi bien qu’à ce moment-là…. Nous sommes plus que jamais entre les mains de Dieu notre Père, Je sais que c’est pour Lui et pour mes frères que je suis ici et cela me soutient beaucoup.

Sorti de l’hôpital, Jean travaille sur un petit tour seul dans sa cellule, au lieu d’aller dans les fermes voisines, comme les autres détenus. Le seul dimanche où ceux-ci purent communier au « pain blanc », Jean sciait du bois dans la cour de la prison. Sa dernière lettre, en date du 17 juillet 1944, témoigne de sa souffrance de n’avoir plus de nouvelles de sa famille et d’être privé de l’eucharistie. On peut la considérer comme son testament spirituel Ses épreuves, il les voit comme un noviciat qui le prépare à son avenir.

La croix des immortelles 

Au début août 1944, faute de place, les détenus durent quitter leurs cellules pour s’installer dans une ancienne salle de prière pour le culte luthérien. Séminariste de Sées, Roger Vallée y vit «  la chambre haute » où  les apôtres attendaient en prière la venue de l’Esprit Saint,

 Cette chambre haute était décorée d’une croix en fleurs d’immortelles, réalisée par Camille Millet, jardinier.  Le tressage de ces fleurs en forme de croix visualisait la prière commune, à l’instar des apôtres au Cénacle. Avant le départ, Fernand Morin la confia à un prisonnier de guerre breton, qui put la ramener à Rennes ? Une relique !

Le dimanche l’abbé Lecoq n’ayant pas le droit de célébrer lisait les textes du jour en français. Authentique communion spirituelle entre tous !

Vers l’enfer des camps 

Jean dut signer l’acte de condamnation établi sans procès :  , « Par son action catholique auprès de ses camarades français, pendant son temps de service de travail obligatoire, a été un danger pour l’État et le peuple allemand ».

Il en fut de même pour les autres. Ce fut donc en témoins de la foi qu’ils furent  envoyés en camp de concentration. Selon Camille Millet « Après tout, s’il faut des martyrs à la JOC, nous pouvons bien faire ça .»

De camp en camp

Le voyage fut épouvantable jusqu’à Flossenbürg  où les déportés reçoivent  des numéros matricules, soumis à la brutalité de kapos, chargés de faire régner la discipline nazie. En décembre Jean arriva au camp de travail d’Auschwitz III. Il y rencontra Joseph Wiss qui témoigna Jean savait ce qui l’attendait…, mais il se souciait peu de cela. Souvent il comparait sa vie et me parlait de saint Paul… La première chose qu’ ‘il me demanda,  c’est un missel que j’ai d’ailleurs  pu lui faire passer .ll désirait tant communier; dans ce camp il n’y avait pas de prêtre .

 La mort

Le 23 janvier 1945, les déportés sont évacués, attelés à des traîneaux, par grosse neige, les cadavres jonchant la route. Peu de jours après son arrivée à Mauthausen, Jean fut hospitalisé au Revier (infirmerie, si l’on peut dire), où s’entassaient 800 malades, couchant par 4 sur une même paillasse. Lucien Lundy, jociste infirmier, aimait prier avec Jean qui s’était taillé une petite plaquette de bois pour réciter le rosaire matin et soir. A l’approche de la fête de St Joseph, Jean commença une neuvaine. Vers le 10 mars, ses traits changèrent Lucien alerta le docteur Lapierre qui déclara que c’était une méningite foudroyante. Un prêtre vint près de lui et récita la prière des mourants.

  Au matin du 16 mars, Jean mourut et son corps fut jeté dans le four crématoire Quant à Marcel Callo, il mourut le 19 mars.

 

                      Mémorial de Vierzon

Que nous reste-t-il de Jean ? Total anéantissement ? Non, les cendres dispersées à tous vents sont transfigurées comme membres vivants du Christ total comme le déclare Saint Paul dans la liturgie de ce dimanche.

Ses lettres sont source d’inspiration. Elles seront bientôt éditées dans un recueil

Et nous, à quel idéal sommes-nous prêts  à risquer notre vie Pour le respect de la nature que Dieu nous a confiée .

Pour la recherche de la fraternité, dans un monde qui oublie la dignité de chaque homme ?

Comment garder la foi dans un monde de haine et de violence ?

. Allons voir le Mémorial de Vierzon dans l’église Notre-Dame! Au sommet de l’escalier fatal de Mauthausen la croix du Christ s’incline sur les victimes. A la base du monument, cette citation de Jean

 Quand je pense aux épreuves qui m’attendent encore

je réagis de mon mieux et tâche de me fixer tout en Dieu.

               Comme tout se simplifie (lettre du 15 mai 1944)

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