« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Lc 19, 28-40)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem.
Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie,
près de l’endroit appelé mont des Oliviers,
il envoya deux de ses disciples,
en disant :
« Allez à ce village d’en face.
À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché,
sur lequel personne ne s’est encore assis.
Détachez-le et amenez-le.
Si l’on vous demande :
‘Pourquoi le détachez-vous ?’
vous répondrez :
‘Parce que le Seigneur en a besoin.’ »
Les envoyés partirent
et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit.
Alors qu’ils détachaient le petit âne,
ses maîtres leur demandèrent :
« Pourquoi détachez-vous l’âne ? »
Ils répondirent :
« Parce que le Seigneur en a besoin. »
Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus,
jetèrent leurs manteaux dessus,
et y firent monter Jésus.
À mesure que Jésus avançait,
les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin.
Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers,
toute la foule des disciples, remplie de joie,
se mit à louer Dieu à pleine voix
pour tous les miracles qu’ils avaient vus,
et ils disaient :
« Béni soit celui qui vient,
le Roi, au nom du Seigneur.
Paix dans le ciel
et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule,
dirent à Jésus :
« Maître, réprimande tes disciples ! »
Mais il prit la parole en disant :
« Je vous le dis :
si eux se taisent,
les pierres crieront. »
HOMÉLIE DE SA SAINTETÉ JEAN-PAUL II
Place Saint-Pierre
Dimanche 30 mars 1980
1. Le Christ, avec ses disciples, s’approche de Jérusalem. Il le fait comme les autres pèlerins, fils et filles d’Israël, qui en cette semaine précédant la Pâque, vont à Jérusalem. Jésus est l’un d’entre eux.
Cet événement, dans son déroulement externe, peut donc être considéré comme normal. Jésus s’approche de Jérusalem depuis le Mont dit des Oliviers, et donc en venant des localités de Bethphagé et de Béthanie. Là, il ordonne à deux disciples de lui amener un ânon. Il leur donne des indications précises : où ils trouveront l’animal et comment ils doivent répondre à ceux qui les interrogeront sur leur action. Les disciples suivent scrupuleusement les indications. À ceux qui demandent pourquoi ils détachent l’ânon, ils répondent : « Le Seigneur en a besoin » (Lc 19, 31), et cette réponse est suffisante. L’ânon est jeune ; jusqu’à présent personne ne l’a monté. Jésus sera le premier. Ainsi, assis sur l’ânon, Jésus accomplit le dernier tronçon du chemin vers Jérusalem. Cependant, à partir d’un certain moment, ce voyage, qui en soi n’avait rien d’extraordinaire, se transforme en une véritable « entrée solennelle à Jérusalem ».
Aujourd’hui, nous célébrons le Dimanche des Rameaux, qui nous rappelle et rend présente cette « entrée ». Dans un rite liturgique spécial, nous répétons et reproduisons tout ce qu’ont fait et dit les disciples de Jésus – tant les proches que les plus éloignés dans le temps – sur ce chemin qui menait du Mont des Oliviers à Jérusalem. Comme eux, nous tenons dans nos mains les rameaux d’olivier et nous disons – ou plutôt, nous chantons – les paroles de vénération qu’ils ont prononcées. Ces paroles, selon la rédaction de l’Évangile de Luc, disent : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux » (Lc 19, 38).
Dans ces circonstances, le simple fait que Jésus, avec ses disciples, monte vers Jérusalem pour la prochaine solennité de la Pâque, prend clairement une signification messianique. Les détails qui forment le cadre de l’événement montrent qu’en lui s’accomplissent les prophéties. Ils montrent également que, quelques jours avant la Pâque, à ce moment de sa mission publique, Jésus a réussi à convaincre beaucoup d’hommes simples en Israël. Les plus proches le suivaient, les Douze, et aussi une foule : « Toute la multitude des disciples », comme dit l’Évangéliste Luc (19, 37), qui faisait comprendre sans équivoque qu’elle voyait en Lui le Messie.
2. Le Dimanche des Rameaux ouvre la Semaine Sainte de la passion du Seigneur, dont il porte déjà en lui la dimension la plus profonde. Pour cette raison, nous lisons toute la description de la passion du Seigneur selon Luc.
Jésus, en montant à ce moment vers Jérusalem, se révèle Lui-même complètement devant ceux qui préparent l’attentat contre sa vie. D’ailleurs, il s’était révélé depuis longtemps déjà, en confirmant par des miracles tout ce qu’il proclamait et en enseignant, comme doctrine de son Père, tout ce qu’il enseignait. Les lectures liturgiques des dernières semaines le démontrent clairement : l' »entrée solennelle à Jérusalem » constitue un pas nouveau et décisif sur le chemin vers la mort, que lui préparent les représentants des anciens d’Israël.
Les paroles que dit « toute la multitude » des pèlerins, qui montaient à Jérusalem avec Jésus, ne pouvaient que renforcer les inquiétudes du Sanhédrin et précipiter la décision finale.
Le Maître en est pleinement conscient. Tout ce qu’il fait, il le fait avec cette conscience, suivant les paroles de l’Écriture, qui a prévu chacun des moments de sa Pâque. L’entrée à Jérusalem fut l’accomplissement de l’Écriture.
Jésus de Nazareth se révèle donc, selon les paroles des Prophètes, qu’Il a seul comprises dans toute leur plénitude. Cette plénitude est restée voilée tant à « la multitude des disciples » qui, tout au long du chemin vers Jérusalem, chantaient « Hosanna », louant « Dieu à haute voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus » (Lc 19, 37), qu’à ces Douze plus proches de Lui. À ces derniers, l’amour pour le Christ ne leur permettait pas d’admettre une fin douloureuse ; rappelons comment, en une occasion, Pierre a dit : « Cela ne t’arrivera jamais » (Mt 16, 22).
En revanche, pour Jésus, les paroles des Prophètes sont claires jusqu’à la fin, et se révèlent à lui avec toute la plénitude de leur vérité ; et Lui-même s’ouvre à cette vérité avec toute la profondeur de son esprit. Il l’accepte totalement. Il n’en réduit rien. Dans les paroles des Prophètes, il trouve le sens juste de la vocation du Messie : de sa propre vocation. Il y trouve la volonté du Père.
« Le Seigneur Dieu m’a ouvert les oreilles, et je ne résiste pas, je ne recule pas » (Is 50, 5).
De cette façon, la liturgie du Dimanche des Rameaux contient déjà en elle la dimension pleine de la passion : la dimension de la Pâque.
« J’ai donné mon dos à ceux qui me frappaient, mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Et je n’ai pas caché mon visage devant les insultes et les crachats » (Is 50, 6).
« En me voyant, ils se moquent de moi ; ils font des grimaces, ils hochent la tête… ils me percent les mains et les pieds, je peux compter tous mes os. Ils se partagent mes vêtements, ils tirent au sort ma tunique » (Ps 21 [22], 8-17-19).
3. Voici la liturgie du Dimanche des Rameaux : au milieu des exclamations de la foule, de l’enthousiasme des disciples qui, avec les paroles des Prophètes, proclament et confessent en Lui le Messie, seul Lui, le Christ, connaît jusqu’au fond la vérité de sa mission ; seul Lui, le Christ, lit jusqu’au fond ce que les Prophètes ont écrit sur Lui.
Et tout ce qu’ils ont dit et écrit s’accomplit en Lui avec la vérité intérieure de son âme. Lui, avec la volonté et le cœur, est déjà dans tout ce qui, selon les dimensions externes du temps, lui reste encore devant. Déjà dans ce cortège triomphal, dans son « entrée à Jérusalem », Il est « obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix » (Ph 2, 8).
Entre la volonté du Père, qui l’a envoyé, et la volonté du Fils il y a une profonde union pleine d’amour, un baiser intérieur de paix et de rédemption. Dans ce baiser, dans cet abandon sans limites, Jésus-Christ, qui est de nature divine, se dépouille Lui-même et prend la condition de serviteur, s’humiliant Lui-même (cf. Ph 2, 6-8). Et il demeure dans cet abaissement, dans cette dépossession de son éclat extérieur, de sa divinité et de son humanité, pleine de grâce et de vérité. Lui, Fils de l’homme, va, avec cet anéantissement et cette dépossession, vers les événements qui s’accompliront, quand son abaissement, sa dépossession, son anéantissement revêtiront des formes extérieures précises : il recevra des crachats, sera flagellé, insulté, raillé, rejeté par son propre peuple, condamné à mort, crucifié, jusqu’à ce qu’il prononce le dernier : « tout est accompli », remettant l’esprit entre les mains du Père.
Voilà l’entrée « intérieure » de Jésus à Jérusalem, qui se réalise dans son âme au seuil de la Semaine Sainte.
4. À un certain moment, s’approchent de lui les pharisiens qui ne peuvent plus supporter les exclamations de la foule en l’honneur du Christ, qui fait son entrée à Jérusalem, et disent : « Maître, reprends tes disciples » ; Jésus répondit : « Je vous dis que s’ils se taisaient, les pierres crieraient » (Lc 19, 39-40).
Nous commençons aujourd’hui la Semaine Sainte de la passion du Seigneur à Rome. Dans cette ville ne manquent pas les pierres qui parlent de comment la croix du Christ est arrivée ici et de comment elle a jeté ses racines dans cette capitale du monde antique.
Que les pierres ne fassent pas rougir les hommes.
Que nos cœurs et nos consciences crient plus fort qu’elles.
